Yvonne et Robert Bontoux
Vivre Libre ou Mourir,
des Francs Tireurs Partisans de Vizille au Maquis de l'Oisans

Après la Libération
La Libération n’a pas mis fin aux difficultés. Jusqu’en 1949, il faut encore des tickets pour se nourrir et des bons pour s’habiller. Si Robert ne veut plus en entendre parler, pour Yvonne commence un autre combat, plus long et plus discret : faire reconnaître, papier après papier, ce qu’eux-mêmes et les parents de Robert avaient fait mais aussi aider les copains dans cette recherche de reconnaissance et d'indemnisation. Yvonne sera très active au sein de l'ANACR dont elle deviendra présidente, au conseil municipal de Vizille, au Secours populaire mais aussi dans les écoles pour que jamais on oublie le sacrifice de ceux qui ont résisté. Il faudra vingt-six ans pour que Jeanne et Paul Auguste Bontoux soient pleinement reconnus.

Vivre avec des tickets (1945-1949)
Le rationnement continue bien après la guerre : la carte de pain n’est supprimée qu’en février 1949, les derniers tickets (sucre, café, essence) en décembre 1949. Même les vêtements de travail sont rationnés. Sur la carte de vêtements de Robert, alors peintre à Vizille, on suit ses achats : un bon en octobre 1945, un pantalon et une veste de travail au printemps 1947, puis un bon pour une blouse en janvier 1948.
Faire reconnaître Jeanne et Paul
Jeanne et Paul Auguste ont été arrêtés et tués le 17 février 1944. Il faudra vingt-six ans de démarches pour que la République reconnaisse ce qu’ils ont fait : accueillir chez eux les réunions de la Résistance, cacher des armes, héberger des résistants traqués, porter des informations (agents de liaison). Le certificat de 1963 résume froidement la vie de Jeanne en une ligne administrative : « interné résistant du 17-2-1944 au 17-2-1944, soit 0 an, 0 mois, 1 jour de campagne ».

Faire reconnaître Robert et Yvonne

1945 : Robert est cité à l’ordre du régiment pour le combat du Lautaret. Il reçoit la Croix de guerre avec étoile de bronze. 1959 : Robert et Yvonne obtiennent leur carte de combattant volontaire de la Résistance, puis leur carte du combattant, l’année même où les demandes sont closes. 1969 : Robert reçoit la Croix du combattant volontaire 1939-1945. 1979-1980 : ils perçoivent enfin la retraite du combattant, environ 1000 francs par an chacun.
Rester vigilants
Les anciens maquisards restent unis, et souvent amers. Dans Le Fanion, bulletin de l’amicale du Maquis de l’Oisans, Paradis dénonce en 1949 ceux qui « se servent de l’idéal de la Résistance » pour leur carrière. Au début des années 1960, les anciens résistants du canton de Vizille appellent à s’unir contre l’OAS. Et le 22 août 1989, pour le 45e anniversaire de la libération de Vizille, Yvonne, présidente de l’ANACR, prononce son dernier discours. Sur la coupure de presse, elle a écrit à la main : « pour la dernière fois ».
Le Fanion
Le Fanion de 1949 montre l’amertume des maquisards. C’est le bulletin de l’amicale du Maquis de l’Oisans. On y lit l’éditorial de Paradis contre les « résistantialistes », et le procès de Raymond Bredèche, poursuivi pour « désertion » parce qu’il avait quitté l’armée pour le maquis. Acquitté, il doit tout de même payer : « Vous avez fait de la Résistance ? Félicitations ! Cela fait 4.000 francs ! »


